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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Le poison de la médisance

C’est une consolation pour nous, quand nous faisons bien, que les bons nous aiment, si les méchants nous chargent d’imprécations. L’estime des gens de bien, avec le témoignage de notre conscience, nous suffit contre ces langues malignes et médisantes. « Mon âme recevra des louanges dans le Seigneur, que les hommes doux écoutent et soient remplis de joie » (Ps 33,2). Que les hommes doux, dit-il, se réjouissent, que je leur plaise, et j’écouterai sans m’émouvoir tout ce que la jalousie des méchants vomira contre moi.

C’est donc en ce sens que je crois qu’il est dit : « Ceux qui sont droits vous aiment ». Et j’estime que c’est avec beaucoup de raison. Car presque partout (…), il se trouve [des personnes] comme cela qui observent de près toutes les actions de l’Epouse, non pour les imiter, mais pour y trouver à redire. Elles sont tourmentées de ce qu’il y a de bon dans leurs aînées, et se repaissent de leurs imperfections. On les voit marcher à part, s’attrouper et faire de petits conciliabules, où elles se laissent aller à des paroles insolentes et à des murmures détestables. Elles s’associent pour parler mal de leur prochain, et s’unissent pour causer la désunion. Elles contractent ensemble des amitiés pleines d’inimitiés, conspirent toutes dans les sentiments d’une même malignité, et font des cabales odieuses. C’est ainsi qu’agirent autrefois Hérode et Pilate, dont l’Évangile dit « qu’en ce jour-là, c’est-à-dire au jour de la Passion, ils devinrent amis » (Lc 23,12). S’assembler ainsi, ce n’est pas faire la Cène du Seigneur, mais plutôt donner à boire et boire soi-même le calice des démons, tandis que les uns portent sur leur langue le poison qui tue les autres, et que les autres reçoivent avec joie la mort qui entre dans leur cœur par leurs oreilles. Voilà comment, selon le Prophète (Jr 9,21), la mort entre par nos fenêtres, lorsque nous nous présentons les uns aux autres le breuvage mortel de la médisance, en médisant ou en écoutant ceux qui médisent. A Dieu ne plaise que je me trouve jamais dans l’assemblée de ces personnes, car Dieu les hait, suivant cette parole de l’Apôtre : « Les médisants sont en abomination au Seigneur » (Rm 1,30). Ce que Dieu même par le Psalmiste confirme en ces termes : « Je poursuivais celui qui médisait en secret de son prochain ».

"Un venin de vipère sous la langue" (Ps 140)

"Un venin de vipère sous la langue" (Ps 140)

Et il ne faut pas s’en étonner puisque l’on sait que ce vice combat et poursuit plus vivement que les autres la charité qui est Dieu, ainsi que vous-mêmes pouvez le remarquer. Quiconque médit fait voir premièrement qu’il n’a point de charité. En second lieu, quel autre dessein a-t-il, sinon de faire que les autres haïssent ou méprisent celui dont il médit ? Ainsi donc, une langue médisante blesse la charité en tous ceux qui l’écoutent, et autant qu’il est en elle, elle l’éteint et la détruit entièrement. Et non seulement en ceux qui l’écoutent, mais encore en ceux qui sont absents, à qui peut-être ceux qui l’ont entendue rapportent ce qu’elle a dit. Voyez-vous comment un discours de cette sorte qui passe de bouche en bouche peut aisément et en fort peu de temps corrompre de son venin une infinité d’âmes. Voilà pourquoi l’esprit prophétique dit de ces personnes : « Que leur bouche est remplie du fiel de la médisance, et elles sont promptes à verser le sang » (Ps 13,3). Elles sont aussi promptes à le verser que leur discours est prompt à le répandre. Il n’y en a qu’un qui parle, et il ne dit qu’une seule parole, et cependant cette parole en un moment tue les âmes de tous ceux qui l’écoutent dès l’instant qu’elle infecte leurs oreilles. Car un cœur plein du fiel de l’envie ne peut répandre que de l’amertume dans ses discours, selon ce mot de Jésus-Christ : « La bouche parle de l’abondance du cœur » (Lc 6,45). Or, cette peste se produit de différentes manières. Les uns vomissent le poison de la médisance sans aucune circonspection, et selon qu’il leur vient à la bouche. Les autres, au contraire, tâchent de couvrir du voile d’une feinte retenue, la malice qu’ils ont conçue dans leur cœur et qu’ils ne peuvent retenir. Avant de médire, vous les voyez pousser de profonds soupirs, prendre une mine grave, ne parler qu’avec peine, faire paraître une fausse tristesse sur leur visage, baisser les yeux et, d’une voix plaintive, proférer des médisances, qui font d’autant plus d’effet, que ceux qui les écoutent croient qu’ils ne les disent qu’à regret, et plutôt à contrecœur qu’avec malice. J’en suis bien fâché, dit l’un, car je l’aime assez, mais jamais je ne l’ai pu corriger de ce défaut. Je savais bien, dit un autre, qu’il était sujet à ce vice et je ne l’aurais jamais découvert, mais puisqu’un autre l’a publié, je ne puis pas nier la vérité. Je le dis avec douleur, mais cela est vrai pourtant. Et il ajoute : C’est grand dommage ; car d’ailleurs il a de fort bonnes qualités, mais sur ce point, il faut avouer qu’il est inexcusable.

 

Saint Bernard, Sermon 24 sur le Cantique des cantiques

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Brigitte 26/08/2014 01:12

Merci Père, c'est consolant et dire que saint Bernard avait déjà ce même souci !!!