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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Condition malheureuse? Luttes et mal volontaire

Pourquoi la personne humaine est-elle capable d’être affectée par un mal personnel, d’être blessée, brisée? Certes, le théologien parlera de la nature blessée, marquée par le péché. C’est très bien, mais cela reste encore au niveau d’une analyse. Concrètement, c’est une personne, telle personne, qui est marquée par le mal.

En philosophie, nous ne parlons pas du péché mais du mal et nous demandons d’abord: pourquoi le mal peut-il affecter la personne humaine? On dit toujours que seule la philosophie contemporaine s’est penché sur le problème du mal. Il serait préférable de dire qu’une certaine philosophie contemporaine n’a regardé que le problème du mal, en particulier dans l’existentialisme: pour certains, le mal est tout, et l’homme s’identifie à sa condition malheureuse. En réalité, les philosophes antiques ont aussi réfléchi sur le mal et souvent d’une façon plus réaliste, quoique limitée dans l’extension. Nous pouvons brièvement évoquer ici cette constatation, ou cette interrogation d’Aristote, dans l’Ethique à Nicomaque. Il se demande pourquoi, alors que l’animal atteint quasiment toujours sa fin, qui est au niveau de la nature dans la fécondité biologique, en revanche l’homme, dont la fin est d’une incomparable noblesse parce qu’il est spirituel, c’est-à-dire intelligent et capable d’aimer d’un amour personnel, l’atteint difficilement et la manque souvent: la plupart des hommes demeurent dans le sensible, souligne le Philosophe, en restent à l’imaginaire et vivent au gré de leurs passions et de leurs sincérités successives. Pourquoi cette difficulté, cet échec dans l’homme? Aristote ajoute qu’il en va ici, sur le plan de la vie proprement humaine, comme de celui dont le bras est paralysé: il veut se mouvoir et ne le peut pas.

Condition malheureuse? Luttes et mal volontaire

Certes, l’homme n’est pas foncièrement mauvais : il a un désir d’aimer, il désire être heureux. Même si parfois, à cause des difficultés et des souffrances de la vie, nous n’avons plus immédiatement conscience de ce désir, il est présent comme une petite flamme et nous permet de sortir de nos drames et de nos épreuves. Même devant la mort, l’homme a le désir de vivre, d’être heureux, d’espérer. L’appétit de vivre lui-même est plus foncier que les obstacles. Certes, dans la réalisation, dans l’exercice, nous l’atteignons à travers une grande complexité, en passant par tous les chemins de traverse de la vie. L’itinéraire de chaque personne humaine est ainsi: elle a le désir d’aimer, de connaître ce qui est vrai, d’être heureuse, de vivre, même si dans l’exercice, dans la réalisation, elle rencontre bien des difficultés et doit dépasser des obstacles internes et externes.

L’homme n’est donc jamais foncièrement déterminé par le mal. Celui-ci l’affecte comme une privation et comme un obstacle dans l’appétit et la conquête du bien, de la fin qu’il poursuit. Comment se fait-il donc que l’homme rencontre ces obstacles ? C’est le premier étonnement du philosophe à propos du mal : si la personne humaine est la réalité la plus extraordinaire et la plus noble de toutes les réalités de ce monde, si chaque personne humaine est un être unique alors que l’animal est relatif à son espèce, si chaque personne humaine est intelligente et capable d’aimer et si elle est capable de découvrir d’une façon personnelle et unique ce pour quoi elle vit, pourquoi cela se réalise-t-il en même temps avec une telle difficulté?

D’abord parce que nous sommes dans le devenir: nous progressons et, dans notre croissance humaine, nous rencontrons des obstacles. Par exemple, si nous sommes poursuivis par la haine de quelqu’un qui, par jalousie et par vengeance, veut notre peau, il n’est pas commode de rester déterminés vers ce qui est bon, vers notre fin, sans nous laisser complètement déterminer par ces luttes ou par le désir de nous venger.

Au-delà du mal que nous subissons, des obstacles qui nous freinent et nous arrêtent, il y a aussi un mal volontaire: nous refusons parfois volontairement la véritable fin qui nous attire et peut nous rendre heureux. Nous sommes capables de nous en détourner volontairement, de la rejeter, de dire non. Nous sommes capables de commettre volontairement cette faute de nous détourner de notre véritable fin humaine, faisant ainsi un terrible usage de notre liberté. En nous exaltant nous-mêmes, nous pouvons trahir l’ami et détruire volontairement un véritable amour d’amitié parce que cela nous demande de nous dépasser et de nous donner vraiment. Nous pouvons refuser l’adoration et lutter contre le développement en nous d’un véritable amour et une véritable contemplation de Dieu - nous nous situons ici sur le plan strictement humain, au niveau de la réflexion philosophique. Pour le philosophe, les deux grandes fautes sont bien la trahison (qui vient très souvent de la jalousie) et l’orgueil: elles luttent contre les deux grandes fins de la personne humaine (qui ne s’opposent pas l'une à l'autre) : l’amour d’amitié et la contemplation.

 

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

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