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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Pourquoi la philosophie?

Pourquoi la philosophie?

Notre monde réclame, plus que jamais, un renouveau dans la recherche de la vérité et de la sagesse : une réflexion philosophique renouvelée. Il est facile de constater combien, aujourd’hui, tout est confondu, mêlé. Dans une « culture » de l’information et de l’image, où le meilleur et le pire se côtoient constamment et s’entremêlent souvent, il est difficile de découvrir la vérité et d’orienter profondément sa vie vers une véritable finalité humaine. Cela, d’autant plus que l’efficacité économique et technique polarisent la plupart des énergies humaines, pour obtenir des succès parfois aussi nécessaires à la survie économique qu’éphémères : qui a encore le temps aujourd’hui de vraiment réfléchir sur le sens de la vie humaine et de chercher la sagesse ?

Paradoxalement cependant, jamais peut-être l’attente des hommes n’a été plus grande de ce point de vue, ce qui se manifeste parfois dans leurs cris de vérité et leurs appels spontanés vers le bien, au milieu de ténèbres et d’angoisses souvent écrasantes. Ces cris de vérité, qui laissent entrevoir le fond du cœur des hommes, spécialement des jeunes, ne représentent-ils pas le sursaut de vie de l’intelligence et du cœur de l’homme à l’agonie ?

Nous retrouvons là une situation analogue (c’est-à-dire différente et cependant proche), à celle de la Grèce dans laquelle Socrate s’était levé comme éducateur et comme père, bien plus, comme martyr de la vérité… Ne rappelait-il pas que le bien humain et le salut de l’homme n’était pas affaire de commerce et de succès faciles, immédiats, apparents ? Si Socrate avait raison de réagir ainsi devant la dégradation de l’homme que produisait le brillant immédiat mais trompeur des sophistes, combien plus la situation de l’homme en quête de vérité, d’amour et d’un authentique bonheur personnel, réclame-t-elle aujourd’hui un effort urgent de reprise de la recherche de la vérité !

 

La reprise radicale d’une réflexion philosophique, si elle est nécessaire à la respiration spirituelle de l’homme, semble aussi particulièrement importante pour la théologie chrétienne. Car plus on est philosophe, c’est-à-dire plus on va loin dans la recherche et la découverte de la vérité, plus le réalisme divin de la foi chrétienne peut être profond. La foi chrétienne, loin de supprimer la recherche humaine de la vérité, l’exige à un degré éminent : tout ce que l’homme peut dire par son intelligence en quête de vérité, en réfléchissant sur le sens de sa vie, il doit le dire. Car la Révélation n’a pas été donnée par Dieu à l’homme pour remplacer la recherche de vérité qu’il est capable d’entreprendre comme personne humaine. Hélas, on peut déplorer qu’aujourd’hui beaucoup de chrétiens et de théologiens, délaissant la recherche de la vérité philosophique, ne s’appuient que sur la foi, en négligeant les grandes questions de l’homme, vite considérées comme obsolètes au regard de la Révélation. Ne sont-ils pas parfois tentés par un fidéisme particulièrement dangereux pour l’homme comme pour la foi elle-même ? L’homme ne se serait-il jamais posé par lui-même la question du sens de sa vie ? N’y aurait-il jamais apporté aucune réponse vraie ?

Une telle attitude revient d’une part à ignorer, parfois même à mépriser, la grandeur et la noblesse de l’intelligence humaine capable de découvrir la vérité et capable de Dieu ; l’intelligence de l’homme vient de Dieu, et c’est finalement mépriser Dieu, Créateur et Père, que de ne pas la respecter dans son exigence naturelle de vérité. D’autre part, cette attitude qui croit « exalter » la grandeur de la foi en diminuant l’intelligence humaine dans sa propre noblesse, aboutit au résultat opposé. Car la foi suppose l’intelligence ; diminuer celle-ci dans sa capacité naturelle de chercher et de découvrir la vérité, empêche donc la foi de s’enraciner pleinement en l’homme selon l’intention de Dieu. Dieu se révèle à l’homme gratuitement, pour le conduire à la vie éternelle, à la vision béatifique. Pour que la foi chrétienne, et la théologie qui en dépend, gardent tout leur réalisme divin, surnaturel, il est capital de donner toute sa vraie place à l’intelligence humaine et à la sagesse philosophique. N’est-ce pas, d’ailleurs, ce qu’a rappelé d’une façon particulièrement vigoureuse la lettre encyclique du pape Jean Paul II, Fides et ratio, qui incite les philosophes à retrouver leur vocation originelle : « La philosophie, qui a la grande responsabilité de former la pensée et la culture par l’appel permanent à la recherche du vrai, doit retrouver vigoureusement sa vocation originelle » (FR, n° 6)

Dans le contexte qui est le nôtre, l’urgence d’un renouveau de la recherche philosophique apparaît donc aussi bien pour l’homme en quête du sens de sa vie que pour le croyant en quête du véritable sens de la Révélation et de la foi.

 

Marie-Dominique Goutierre

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brandenburg 09/08/2014 04:17

Je suis tout-à-fait d"accord avec vous et vous félicite pour la très grande qualité de vos textes!Mais comment vous faire mieux connaitre?bravo quand meme

brandenbuerg 27/07/2014 10:48

Je suis en total accord avec vous!Ce n'est pas la foi qui est malade,nos contemporains étant prets à croire n'importe quoi,n'import qui et meme leurs propres "opinions",mais l'intelligence.A cet égard un retour vigoureux à Saint Thomas d'Aquin s'impose!Pour finir ,une citation de ce denier:"avoir la foi sans l'intelligence,c'est avoir la vérité dans une tete vide"!Amicalement

Goutierre 27/07/2014 11:20

Oui, aujourd'hui le combat est bien entre "fidéisme" et "réalisme". L'intelligence est rejetée parce qu'elle rend libre. Et cela est suspect, voire intolérable, aux yeux des tyrans de tous les temps.