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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Témoignage sur le père Marie-Dominique Philippe

Témoignage sur le père Marie-Dominique Philippe

J’oserais dire que le père Marie-Do m’est toujours apparu (et ce bien avant que j’entende parler des frères de St Jean) ainsi qu’aux milliers de personnes en recherche, ou assoiffées de Dieu, qui ont eu la grâce de le rencontrer, de participer à une de ses messes ou d’assister à une de ses conférences, comme un des plus grands témoins et dons de Dieu pour l’Eglise et pour notre humanité du XXe siècle ouvrant au IIIe millénaire. D’une envergure similaire à celle du pape Jean-Paul II ou de Mère Teresa. Et je crois que c’est l’impression qu’il faisait partout comme mère Teresa ou le pape Jean Paul II : des êtres exceptionnels et des vies totalement données à Dieu et rayonnant partout sa miséricorde et son amour pour les âmes.

Il est aussi l’homme de Dieu, le prêtre, le guide spirituel, le prédicateur et l’enseignant, le maître de sagesse, le disciple du Christ, son apôtre et son prophète, le plus extraordinaire que j’ai jamais pu connaître. Tout en lui respirait la pureté, la présence et le don de Dieu, son amour, sa miséricorde et sa lumière. C’était un homme immergé en Dieu, dans l’amour, la ferveur, la sagesse et la miséricorde de Dieu, et ce presque continûment, quelle que pût être son extrême fatigue. Il n’avait pas une minute à lui. Il était donné à Dieu et voué aux âmes, comme asservi à leur service, en tant que témoin et instrument de Dieu et de sa Miséricorde, et ce tous les jours, sans interruption, sans répit, depuis tôt le matin jusque très tard dans la nuit. Pour le salut ou même le réconfort d’une âme à l’hôpital ou en asile psychiatrique, il pouvait voyager toute une nuit entre deux ministères, retraites ou conférences, traverser toute la France pour une âme dans le besoin alors que son emploi du temps était surbooké. Et, qui ne se souvient l’avoir vu le tout premier en oraison matinale et très tard dans la nuit alors que tout le monde était couché revenir s’agenouiller au pied du tabernacle ?

Le plus bouleversant c’était sa manière de célébrer la messe. C’est sans doute là que sa sainteté de prêtre rayonnait le plus, son union à Dieu, son immersion dans le mystère du Christ, avec une telle piété, ferveur et dévotion. Il donnait à chaque mot et chaque geste un tel poids de présence, de profondeur spirituelle, une telle force de foi. Nous étions transportés au Ciel, immergés au sein de la Trinité, entraînés par le Christ vers le Père Eternel à travers sa prière par la piété et la dévotion uniques avec lesquelles il célébrait la messe. Je pense que cette simplicité et cette profondeur, cette pureté, cette pauvreté et en même temps cette gravité avec laquelle il célébrait comme suspendu au Mystère et tout relatif à lui, lui venaient de la Vierge Marie. Il enseignait que la liturgie chrétienne avait commencé avec les gestes de Marie à l'égard de l'Enfant Dieu à la Nativité et il nous en donnait comme un vivant témoignage. Il était du reste comme constamment enveloppé de cette miséricorde de la Vierge des pauvres.

Chacun de ses gestes liturgiques respirait et rayonnait de ferveur, de pauvreté, d’humilité, de piété et de pureté. Et chacune de ses paroles, en prédication ou en enseignement, avait une force, une pénétration, une puissance et une pertinence qui nous conduisait à Dieu comme autant de flèches propulsées vers le Ciel. On découvrait en lui toute la ferveur de la Vierge Marie, toute son attention et son adoration et son service du Verbe incarné. Il semblait que c’étaient les gestes même de la Vierge Marie qu’il avait à l’autel pour Jésus! Tout cela était surhumain, surnaturel et tellement divin, car il répandait l’amour de Dieu et sa lumière à profusion et dans une telle surabondance, chaque instant et pour chacun.

En entretien particulier, il était non moins saisissant : sa capacité d’écoute, de réceptivité et d’empathie étaient inouïes. D’une profondeur, d’une sollicitude, d’une perspicacité exceptionnelles. D’une verticalité !

Durant le sacrement de la confession, en un temps très court, il plongeait dans votre âme et de sa bouche sortaient des paroles si profondes et si fortes de Dieu pour vous. Très vite, en quelques instants, il rejoignait ce que vous portiez au plus profond, ou vous le dévoilait. Il avait un regard d’aigle, vertigineux et était en même temps d’une telle délicatesse et d’un tel respect. Il représentait éminemment cette sainteté de l’homme de Dieu, du prophète, du témoin et de l’apôtre, en cette capacité de mettre dans la présence de Dieu et de tourner vers Lui, de transmettre sa grâce et sa Lumière, de faire expérimenter, toucher et vivre si profondément son Amour et sa Miséricorde.

 

Rendre personnellement témoignage de toutes les grâces de foi, de conversion et de sanctification, de lumière, d’amour et de miséricorde me demanderait des centaines d’heures et des milliers de pages. Sa simple présence, son regard et sa voix, chaque parole tombée de sa bouche allumant la foi et la joie de croire et d’être aimé par Jésus et de recevoir son Esprit. Nous étions comme au Ciel déjà avec lui, sans cesse! environné d’une si grande nuée de témoins, car son regard intérieur était sans cesse fixé sur le Christ crucifié et glorifié, immergé dans la Trinité et en Marie. Et il nous entraînait sans cesse dans cette contemplation et cette soif de contemplation. Avec lui nous découvrions et vivions notre vie d’enfants bien-aimés du Père. Spécialement à travers sa célébration des saints Mystères, à travers sa prédication et ses enseignements et le sacrement de réconciliation reçu de lui.

Qu’il me suffise d’abord de rappeler ma première rencontre avec lui: c’est grâce au Renouveau charismatique et à la communauté de l’Emmanuel que j’ai pu connaître et rencontrer pour la première fois le père Marie-Do. Dès le début de mon cheminement et de mon engagement dans cette communauté qui dura 7 années. C’était en 1980 à l’automne de ma 2e année à la Sorbonne qui suivit ma première session à Paray-le-monial. A la demande du cardinal Lustiger la communauté de l’Emmanuel avait mis en place une série de cours du soir dans le cadre d’un centre « Jean Paul II » chez les dominicains, au 222 de la rue du Faubourg Saint-Honoré. J’y assistai pour la première fois à la messe et à une conférence du père Marie-Do qui était chargé du cours d’anthropologie chrétienne. Cette rencontre fut un tournant majeur dans mon existence, le 2e sans doute, juste après ma première conversion personnelle au Christ. Par lui s’opéra l’ouverture de mon intelligence, sa réconciliation tant attendue sinon même désespérée avec ma foi. Je dis désespérée car je n’attendais plus grand-chose de la science et de la recherche intellectuelle. La Sorbonne était affligeante d’érudition desséchante et par réaction un climat ou des préjugés et des craintes anti-intellectualistes étaient assez développés au début du renouveau en France.

Grâce au père Marie-Do, je découvris pour la première fois de ma vie que mon intelligence était faite pour Dieu, qu’elle devait lui être consacrée dans la recherche de la vérité et être au service de l’amour. Ce fut une telle libération qui me causa une telle joie que je sortis de cette première conférence du père Marie-Do en dansant dans la rue, repensant au verset : « Ils bondiront comme des veaux à l’engrais ! »

J’achetai et lus d’une traite, en un jour, son livre Lettre à un ami. Itinéraire philosophique comme une ascension en montagne qui vous purge les poumons, qui vous dévoile des sommets enneigés radieux et tout lumineux et qui vous insuffle l’air pur de la haute montagne. Ce premier livre changea ma vie, du moins d’abord et surtout ma vie intellectuelle et son rapport à ma vie spirituelle. Ce fut comme un décrassage de mon intelligence, sa purification, sa libération voire même sa naissance et son désenmaillotement pour Dieu et pour la foi et pour le service de l’Église ! Je réalise combien le père Marie-Do était déjà devenu le maître de mon intelligence, de son retour au réel et de sa structuration. J’achetai tous les livres que je pus trouver de lui comme le tome 2 de L’être que je trouvai chez un bouquiniste et toutes ces séries de conférences chez Diakonia-service. Durant 7 années, il fut ma première référence philosophique et théologique. Puis j’eus la grâce et le privilège insignes de pouvoir être son élève et son enfant depuis 1988 jusqu’à sa mort.

 

En 2002, je rencontrai à l’université de Steubenville dans l’Ohio, Scott Hahn, ancien pasteur protestant devenu le plus grand prédicateur et professeur de théologie catholique américain, le plus influent et médiatique qui me dit: « Vous ne savez pas la chance que vous avez d’avoir le père Marie-Do comme fondateur. Le père Marie-Do est le plus grand théologien du monde depuis 100 ans ». Scott Hahn est un cerveau qui broie et digère les grands théologiens, surtout français (Congar, de Lubac, Bouyer…), les uns après les autres. Scott Hahn est aussi et surtout un homme de foi ardente, rappelant un Southern Baptist preacher. Ajoutons que Scott Hahn n’est pas philosophe et ne connaît presque rien de l’œuvre philosophique de notre fondateur. Et de l’œuvre théologique du père Marie-Do, il ne connaît qu’une infime partie (celle traduite en anglais car il ne comprend pas le français) et cela lui suffit pour comprendre que la puissance et la pertinence, l’envergure et la pénétration de l’intelligence théologique du père dépasse de loin la plupart des grands théologiens du XXe siècle ! Et il me donna son témoignage : comment le père Marie-Do avait changé sa vie. Il était alors pasteur protestant d’orientation ou d’obédience originelle calviniste (comme sont souvent les baptistes et les méthodistes) et se trouvait en thèse de doctorat de théologie sur la notion biblique d’Alliance. Et, comme il arrive aux grands vivants passionnés qui se lancent tous azimuts et sont capables de lire et digérer quantité d’auteurs, il était noyé dans les travaux et analyses de fond, dans la multiplicité des thèses, interprétations et hypothèses d’exégèse et de théologie surtout biblique et il en avait perdu le fil de son propre projet de thèse. C’est alors qu’il tomba sur la petite plaquette du père Marie-Do traduite en anglais : The worship of God. Alors, enfin, tout s’éclaira pour lui, il sortit de son marasme, toutes ses recherches s’éclairèrent et il put finir sa thèse de théologie.

 

Le père Marie-Do était d’une miséricorde et avait une capacité de rendre l’espérance, de relever et d’entraîner vers Dieu et vers le Ciel ! Le plus impressionnant, quand on venait le voir du bout du monde, c’était qu’il portait chacun de ses frères et de ses enfants et chaque prieuré avec son évêque et tout son contexte avec une mémoire parfaite des personnes et des lieux et une perspicacité de jugement, comme un père et comme une mère et de manière si profonde, si actuelle et si divine.

Le père Marie-Do était habituellement très sobre dans ses gestes. Mais en entretien particulier il nous prenait la main et la caressait de manière très simple et très chaste. Durant ses vingt dernières années je lui envoyai et recommandai toutes les jeunes filles et jeunes femmes que je connaissais ou que j’accompagnais et s’il y avait eu la moindre équivoque j’aurais été le premier à le savoir. L’une d’elle me dit que le père après son entretien avec lui il l’avait serrée dans ses bras et elle en était tout émue, bouleversée aux larmes par cette expérience de la Miséricorde et de l’amour du Père éternel !

Une fois moi-même le père m’a serré dans ses bras. J’étais au fond du désespoir à cause de malheureuses tentations charnelles. Après ma confession alors que j'allais sortir, il leva ses deux bras et me serra contre lui. Sa chaste étreinte fut celle du père du fils prodigue et je ne la vécus pas autrement.

Tout est pur pour les purs. Si le père Marie-Do avait ses fragilités et ses défauts, son degré de sainteté et de pureté dépassait le commun. La vertu de chasteté était en lui si enracinée que je croirais volontiers qu’il n’a jamais commis aucun acte d’impureté. L’enracinement en lui de la pureté et de la maîtrise de soi lui permettait sans doute d’être très libre dans l’expression physique de l’amour paternel et de la miséricorde.

Sa sollicitude et sa miséricorde faisaient qu’il attirait les pécheurs et les pauvres. Nombre de femmes blessées, rejetées et incomprises de partout pouvaient trouver en lui une inlassable patience. Certaines hystériques pouvaient l’insulter et le frapper mais sa bonté était inépuisable. Et, à vrai dire personne ne comprenait une telle miséricorde et patience de sa part.

 

L’héroïcité des vertus du père Marie-Do, dans le don de tout lui-même comme un serviteur pauvre et si fervent, me semble s’être illustrée dans ces différents domaines : Sagesse, lumière et vérité, Foi et intelligence de la foi et Miséricorde extrême vis à vis des personnes, zèle extrême pour l’amour du Christ, du Père, du Paraclet, pour la Bienheureuse Vierge Marie et pour l’Église.

Combien souvent mon âme fut dans l’exultation et la reconnaissance en me disant qu’avec le père Marie-Do, c’est comme si la Divine Providence avait condensé sinon décuplé pour nous le meilleur des grâces de St Dominique, de St Thomas, de Ste Thérèse, de St Louis-Marie et de tant d’autres saints !

Je ne veux par là en rien préjuger du jugement de l’Église, j’essaie simplement de rendre témoignage des grâces innombrables et inouïes dont YHWH le Père des Lumières et des Miséricordes nous a comblés en Jésus à travers son enfant de prédilection que fut notre père Marie-Dominique Philippe.

 

Un prêtre franco-algérien

© chercheurdeverite.wordpress.com

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