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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Bienveillance et amitié

L’amour de bienveillance, qui est déjà un amour spirituel et libre, nous révèle ce qu’il y a de désintéressé dans l’amour : on aime alors quelqu’un pour lui-même et uniquement pour lui. Un tel amour s’oppose violemment à tout égoïsme et à toute jalousie, toujours plus ou moins cachés dans l’amour instinctif et passionnel. Egoïsme et jalousie qui viennent défigurer ces amours et en limiter l’authenticité. Cet égoïsme et cette jalousie peuvent arriver, quand on leur donne toute liberté, à dissoudre et pervertir complètement ce qu’il y a de bon et de fort dans ces amours inférieurs. L’amour, en effet, dans ce qu’il a de plus lui-même, n’accapare pas mais livre et donne. L’amour de bienveillance nous le montre avec éclat.

Mais la bienveillance, si nôtre qu’elle soit, ne réalise pourtant pas toutes les exigences de l’amour. Car elle ne réclame que des bienfaits pour les personnes qu’on aime. L’amour exige qu’on donne tout. Il veut tout livrer. Il est extatique, il fait totalement sortir de soi-même pour se donner à celui qu’on aime. Il ne s’agit plus de petits cadeaux, il s’agit de se donner soi-même, ce qui est bien autre chose !

 

L’amitié réalisera, ou cherchera à réaliser, cette aspiration profonde de l’amour.

L’amitié, en effet, n’est pas autre chose que ce don de nous-même à l’ami, – ou plus exactement c’est le don mutuel de deux amis, puisque pour qu’il y ait amitié, il faut qu’il y ait amour réciproque : quaedam mutua amatio. Il faut que mon ami me considère comme son ami, c’est-à-dire que l’amour de l’un rencontre pour ainsi dire l’amour de l’autre.

Voilà la différence avec la bienveillance. Celle-ci ne réclame de l’autre qu’un acte de reconnaissance, de gratitude. L’amitié exige que l’ami réponde à son ami par un acte d’amour et autant que possible par un amour qui cherche à être aussi fort que celui dont il est aimé.

C’est ce qui fait la beauté incomparable de l’amitié. Cet amour n’est pas unilatéral. Il ne fait pas que descendre. Mais c’est un amour double, en quelque sorte, ou plutôt deux amours qui se croisent, se rejoignent pour s’unir, pour s’intensifier et ne former qu’un seul amour. Il faut que l’amour de l’un, dès qu’il a touché le cœur de l’autre, se trouve immédiatement renforcé par son amour, et retourne avec une intensité nouvelle à la source d’où il est né. En réalité, il est le fruit de deux cœurs qui s’aiment et qui mettent tout en commun pour s’aimer de plus en plus.

 

Mais cet amour si beau et si grand ne peut s’épanouir dans nos cœurs humains que d’une façon limitée et imparfaite, il a un équilibre instable. Bien souvent, il risque de perdre ce qu’il a de si spirituel, pour tendre à n’être plus qu’un amour passionnel. Il perd son caractère de «don pur», ou au contraire, il s’évanouit dans une sorte d’amour platonique trop idéal ou irréel. Il devient comme une sorte de beau rêve. Il perd son caractère réaliste de «don personnel»...

 

Marie-Dominique Philippe, Le mystère de l’amitié divine (1949), p. 14-15.

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