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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Le mystère de l'adoration (VII)

L’adoration du Fils bien-aimé

Aujourd’hui, beaucoup de théologiens pensent qu’il ne faut plus parler de l’adoration du Christ parce que, en sa personne, il est Dieu. Il est, comme « Fils bien-aimé », un avec le Père. Or précisément, dans le mystère de la Très Sainte Trinité, on ne peut pas parler d’adoration : il y a une unité substantielle entre les trois Personnes, Père, Fils et Saint-Esprit, qui empêche d’introduire dans la Très Sainte Trinité un acte d’adoration d’une Personne à l’égard d’une autre. Seule la contemplation d’amour et de lumière peut exister dans les trois Personnes. Et si, par le mystère de l’Incarnation du Verbe, la nature humaine est présente dans la Très Sainte Trinité, l’âme et le corps du Christ subsistent par et dans le Verbe dans la Trinité Sainte, qui n’est en rien modifiée par l’Incarnation : depuis l’Incarnation, il n’y a pas quatre personnes en Dieu, mais les Trois éternellement. Il ne peut donc y avoir d’acte d’adoration en Jésus à l’égard du Père, dans la Très Sainte Trinité. Car, au sens propre, le Christ n’est pas une créature : si son âme humaine est créée, elle subsiste dans la personne du Verbe incréé. Pour qu’il y ait une véritable adoration dans le Christ à l’égard du Père, il faudrait que cette adoration soit celle du Verbe, puisque toute opération relève immédiatement de la personne, qui seule est responsable de ses diverses opérations humaines. La nature humaine n’existe, pour le Christ, que par et dans sa propre subsistence qui est le Verbe divin. Le Verbe divin ayant assumé la nature humaine ne peut être responsable de cet acte d’adoration qui, pour exister, présuppose la création de la nature humaine.

 

Le mystère de l'adoration (VII)

A première vue, un tel raisonnement peut paraître très exact, puisque le Verbe est incréé et éternel ; il ne peut être sujet d’une opération qui impliquerait qu’il soit créé : l’admettre serait nier la divinité de la personne du Christ, et nier l’Incarnation. Cependant, n’y a-t-il pas une erreur cachée dans le fait d’affirmer que l’âme du Christ ne peut adorer ? C’est précisément cela qu’il faut considérer avec plus d’attention. Affirmer que le Verbe incréé assume la nature humaine dans le Christ ne veut pas dire que cette nature humaine assumée ne puisse plus, dans ces conditions, agir selon les exigences propres de sa nature – comme si la grâce unique, éminemment surnaturelle, de l’union hypostatique, mettait la nature humaine du Christ, son âme spirituelle, dans un état de totale inhibition. Cela ne serait-il pas contraire à la sagesse du gouvernement divin ? La grâce ne détruit pas la nature humaine, elle l’ennoblit et lui permet d’être plus elle-même, surtout lorsqu’il s’agit de l’épanouissement d’une opération qui est ce qu’il y a de plus radical en elle, ce qui la met dans un état de vérité. Une nature humaine créée qui serait dans un état l’empêchant de reconnaître ce qui est le plus profondément vrai en elle-même, serait dans un état d’extrême misère ; elle ne serait plus elle-même, car elle ne pourrait plus atteindre sa propre fin ! Jésus comme homme ne serait plus l’homme parfait, le plus beau des enfants de l’homme (Ps 44,3 Vulg.). Le mystère de l’Incarnation aboutirait à assumer un homme radicalement imparfait. Cela reviendrait à considérer que si on est trop proche du Verbe, on ne peut plus être parfaitement soi-même dans ce qu’il y a de plus vrai en soi : reconnaître et aimer sa dépendance radicale à l’égard de son Créateur, l’adorer.

Il faut donc de nouveau, dans une foi contemplative et aimante, chercher à découvrir que dans le mystère de Jésus, du Verbe qui s’incarne, notre nature humaine est dans un état de perfection unique : Jésus est le plus parfait des hommes, le plus humain de tous les hommes, parce que, précisément, sa nature humaine, corps et âme, selon la Providence, est le fruit d’un Amour unique du Père. Le Père a choisi une Vierge immaculée, coopérant maternellement d’une manière miraculeuse avec l’Esprit Saint, pour que la formation du corps du Christ soit parfaite. Le corps du Christ est le corps le plus parfait, le plus beau de tous les corps humains, plus parfait et plus beau que celui d’Adam. Quant à son âme, elle est créée divinement par le Père dans ce corps très parfait ; elle est créée subsistant dans le Verbe et, par le fait même, ayant l’exister divin du Verbe. Tout ce qui relève du développement propre de notre nature humaine, comme nature humaine, est donc présent dans la nature humaine de Jésus ; le développement propre de son intelligence et de sa volonté, de ses capacités sensibles et passionnelles, existe parfaitement dans le Christ : l’Évangile, qui nous révèle la vie de Jésus, nous le montre bien, si nous le lisons dans un regard de foi contemplative. Comment pourrait-on encore affirmer que l’adoration n’existe pas dans l’âme de Jésus ? Alors Jésus n’accomplirait pas le premier commandement de la Loi ! L’exigence nouvelle de l’amour filial qu’il vient nous révéler n’est-elle pas en premier lieu cette adoration de Fils bien-aimé à l’égard du Père ? Nous devons aussi nous rappeler ce que dit saint Thomas à propos des diverses connaissances de Jésus : une lumière supérieure n’exige pas la suppression d’une lumière inférieure (cf. Somme théol., III, q. 9, a. 1, ad 2). Ces deux questions sont analogues, l’une au niveau de ce qui est, l’autre au niveau de la vie intellectuelle.

Nous comprenons ainsi l’importance du mystère de l’adoration : il nous aide à voir comment il faut saisir les liens entre les vertus théologales et les vertus morales dans l’homme, dans le mystère du Christ.

 

Marie-Dominique Philippe, OP, 1997.

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