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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Le mystère de l'adoration (VI)

L’adoration et le mystère de l’Eucharistie

Puisque l’adoration a été vécue d’une manière éminente à la Croix, dans le cœur de l’Agneau immolé (Ap 5,6) par son amour divin de Fils pour son Père (son cœur de Fils bien-aimé a été immolé et offert pour glorifier le Père), on comprend pourquoi Dieu, dans sa sagesse, a voulu que le mystère de la Croix demeure réellement présent pour nous par et dans l’Eucharistie, caché à travers et dans le symbole du pain et du vin, et que ce soit le testament de Jésus pour nous.

Le mystère de l’Eucharistie est annoncé prophétiquement par Jésus dès le point de départ de sa vie apostolique, à Cana (Jn 2,1-12), dans un repas de noces, lors du miracle de la transformation de l’eau en vin, et en un vin meilleur que le premier et surabondant. Il l’est aussi lors de la multiplication des pains (Jn 6).

 

Le mystère de l'adoration (VI)

Jésus lui-même explique le sens de ce signe en se dévoilant comme le pain véritable : « Moi, je suis le pain de vie, je suis le pain descendu du Ciel » (Jn 6,35-41). Et au terme de sa vie apostolique, dans sa dernière semaine apostolique, Jésus institue lui-même le mystère de l’Eucharistie comme la nouvelle Pâque pour ses Apôtres et pour son Église (cf. Lc 22 et Jn 13). Toute la vie apostolique du Christ est comme enveloppée par ce mystère d’amour excessif qui annonce la Croix et nous la donne symboliquement, dans un symbole divin, celui des sacrements et de la parole divine. Ce symbolisme réalise pour le croyant, disciple de Jésus, dans sa foi vivante, ce qu’il signifie : une présence réelle, cachée, mystique de Jésus, dans son offrande de tout lui-même à la Croix, dans son adoration de Fils bien-aimé, « en esprit et en vérité », au Père. La double consécration, celle du pain qui devient le corps de Jésus crucifié, et celle du vin changé en son sang, symbolise et réalise pour le chrétien, dans le temps, au plus intime de son cœur d’enfant du Père, de sa volonté transformée par la charité chrétienne, la réalité divine du mystère de la Croix, l’acte d’adoration aimant du Fils bien-aimé. Selon la sagesse du Père et de son Fils bien-aimé, ce don se réalise à travers et dans le symbole du pain et du vin pour que, dans notre foi de disciples bien-aimés, nous adhérions pleinement à ce don qui est ordonné à réaliser une unité substantielle de vie avec le Christ : « Celui qui consomme ma chair et boit mon sang a la vie éternelle » (Jn 6,54). C’est la vie même de Jésus qui s’empare de nous. « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Gal 2,20). C’est Jésus donné, livré, qui vit pour moi, en moi.

Ce symbolisme du pain et du vin a un réalisme unique, puisque celui qui se nourrit du pain le transforme en lui ; chez celui qui consomme ce « pain eucharistique », c’est l’inverse qui se réalise, comme le dit saint Augustin (Confessions, VII,x,16) : c’est lui qui est transformé en le Christ, il vit désormais de son cœur et de son sang. C’est le Christ lui-même qui le transforme en lui ; et c’est le Christ adorant le Père, lui offrant toute sa vie d’homme, de Fils bien-aimé, dans une adoration tout aimante, où tout est brûlé dans son amour de Fils bien-aimé. C’est lui qui est donné, livré. Sa présence au Père, celle qui nous est donnée pleinement, est bien celle de la Croix, où tout est brûlé dans l’amour, dans l’obéissance au Père. C’est bien celle-là qui nous est donnée, celle de Jésus comme « pain du Père », celle du Fils bien-aimé à son Père. C’est dans le même amour qu’à la Croix Jésus est tout au Père, tout à Marie, et tout à Jean, et tout à chacun d’entre nous. Voilà bien notre Pâque, en attente de la vision lumineuse et aimante que nous vivrons éternellement comme fils bien-aimés.

Si le Père, dans la première Alliance avec son peuple, donne comme premier commandement celui de l’adoration, le Fils qui achève l’œuvre du Père nous donne comme ultime commandement d’amour celui de vivre son adoration aimante de Fils bien-aimé à la Croix : adoration aimante de Fils et de Serviteur, de Fils et d’Envoyé du Père, de serviteur du Père qui nous sauve par et dans son adoration aimante. Par là il nous sauve, nous rachète, nous purifie et nous introduit dans sa vie éternelle de Fils bien-aimé du Père.

L’adoration transformée par la charité dans le cœur de Jésus relève à la fois de l’adoration très cachée de son âme, petite créature du Père, et de l’amour du Fils bien-aimé s’offrant lui-même librement au Père à la Croix. Dieu le Père, dans sa sagesse, s’unit divinement au cœur de son Fils ; et dans et par cette unité, il s’unit au cœur de Marie à la Croix, au cœur de Jean, à celui de Marie-Madeleine. Ces « unités » sont portées par et dans la prière du Fils bien-aimé (cf. Jn 17,22-23). N’est-ce pas le grand secret de la Nouvelle Alliance ? Celle-ci achève la Première Alliance en accomplissant le premier commandement de cette manière ultime, par le Fils bien-aimé du Père lui-même. Par là le Fils invite tous les hommes pécheurs à redevenir fils bien-aimés du Père, en l’adoration brûlante de son holocauste de Fils bien-aimé.

(A suivre)

 

Marie-Dominique Philippe, OP

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