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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Le mystère de l'adoration (IV)

Adoration et recherche de la vérité

Dans la recherche de la vérité, l’homme peut par lui-même découvrir l’existence d’un Être premier que les traditions religieuses appellent Dieu. Et dans le monde d’aujourd’hui où règnent les idéologies athées, l’homme qui cherche la vérité doit comprendre leur erreur fondamentale : toutes les idéologies athées confondent vie et être, en ramenant l’être à la vie. L’homme doit donc progressivement découvrir comment et pourquoi il cherche son autonomie vitale, sa liberté, sa responsabilité. L’homme du xxe siècle doit comprendre comment il est capable d’orienter sa vie d’homme, il doit savoir ce pourquoi il vit, sa finalité, découvrir la nécessité d’aimer ceux qui vivent près de lui, qui travaillent avec lui, découvrir le sens de l’amour d’amitié, le sens de la famille. Il doit par le fait même comprendre le sens de la lutte menée contre la famille par ceux qui prétendent ainsi « libérer » l’homme des traditions religieuses. Le livre de la Genèse est-il un beau mythe, ou est-il une révélation divine sur le sens de la vie de l’homme et de la femme ? L’homosexualité est-elle le vrai bonheur caché, la véritable libération de l’homme, ou est-elle une des grandes tentations contemporaines ? Dieu, le Créateur de notre âme humaine, est-il un mythe ? Tous ces problèmes philosophiques se posent aujourd’hui avec une nouvelle acuité ; on ne peut les éviter, on doit les regarder bien en face. Quelle vérité faut-il découvrir à travers ces problèmes ? Cachent-ils des vérités capitales ?

Il est évident que le problème de l’existence d’un Dieu-Créateur est capital pour aborder celui de l’adoration. Tant qu’on n’a pas résolu ce problème et qu’on demeure dans le doute, on ne peut vraiment résoudre le problème humain de l’adoration. C’est une manière très habile d’écarter l’exigence fondamentale de l’adoration que de mettre en doute son fondement propre, l’existence de Dieu, du Créateur. Si Dieu-Créateur n’existe pas, l’adoration n’a évidemment plus aucun sens. Si l’existence de Dieu, du Créateur, est mise en doute, le problème vital de l’adoration est lui-même mis en doute pour nous. Il vaut même mieux l’écarter comme un problème qui n’a plus de sens aujourd’hui, qui risque de nous faire perdre du temps et d’encombrer notre conscience.

Pratiquement, on peut évidemment revenir à la solution de Pascal. Mais profondément le problème demeure, car considérer l’existence de Dieu-Créateur comme une hypothèse de vie pratique ne peut suffire. L’existence du Dieu-Créateur réclame une adoration qui touche ce qu’il y a de plus profond dans notre âme spirituelle, notre intelligence dans ce qu’elle a de plus vital. Cela finalise toute notre vie humaine en ce qu’elle a de meilleur. Si on ramène l’existence de Dieu à une hypothèse, n’est-ce pas en fin de compte le problème même de l’adoration qui est alors mis en cause ? Notre conscience humaine ne peut biaiser avec Dieu. Regarder l’existence de Dieu comme une hypothèse est dangereux, car cela nous laisse dans une incertitude intellectuelle radicale et nous maintient dans une fausse espérance, celle de croire que notre volonté pourra nous rectifier totalement. Or en réalité, notre volonté ne peut être totalement rectifiée que par notre intelligence découvrant la vérité ; si notre intelligence n’est pas radicalement purifiée, notre volonté ne peut pas vraiment atteindre son bien, et nous ne pouvons pas la reconnaître comme une bonne volonté.

Le mystère de l'adoration (IV)

La découverte de Dieu-Créateur et l’adoration

Il faut donc aller plus loin que le pari de Pascal. Et on ne peut, du point de vue philosophique, accepter que la foi chrétienne résolve seule le problème. Il faut tout faire, si on le peut, pour aller plus loin. Autrement, il faut reconnaître humblement qu’on est incapable d’aller plus loin, et s’appuyer sur le témoignage d’amis plus capables que nous ; du point de vue pratique, ce témoignage d’amis suffit. Mais grâce à une métaphysique réaliste, notre intelligence peut découvrir ce qui est et ce qui n’est pas, elle peut découvrir le primat de ce qui est sur ce qui n’est pas, et répondre à ceux qui prétendent que ce qui n’est pas est premier. Par là, progressivement, à partir du primat absolu de ce qui est en acte sur ce qui est en puissance, elle peut affirmer la nécessité de poser l’exister d’un Etre premier, que les traditions religieuses appellent Dieu et qui est le Créateur de notre âme humaine. Dès que l’on reconnaît cela, on comprend la nécessité pour l’homme philosophe de répondre à ce don de son âme humaine par un acte d’adoration envers Dieu, le Créateur. Ce Dieu-Créateur existe de toute éternité, et il a créé mon âme quand il l’a voulu, à tel moment dans le temps. Je suis donc dépendant de lui et je dois, dans la mesure où je le peux, préciser le caractère propre de cette dépendance, la qualité unique du don qu’il m’a fait, pour répondre de la manière la plus vraie à ce don qui m’a été fait. La nature de ma réponse est relative au caractère propre de ce don. Je ne réponds pas de la même manière si Dieu, le Créateur de mon âme, m’a créé par nécessité pour son bien, ou s’il m’a créé par un choix libre d’amour pour mon bien. Je répondrai différemment à un Créateur s’il a créé mon âme par pure nécessité ou par un pur amour de bienveillance. Il est donc nécessaire que le philosophe précise, autant que possible, la nature de cet acte de Dieu-Créateur, pour répondre à cet acte le mieux possible, avec la plus grande lucidité. Or Dieu-Créateur ne peut, comme Dieu-Créateur, agir par nécessité pour lui-même, pour s’accomplir, contrairement à ce que beaucoup de philosophes ont affirmé, de Platon à Hegel. Une telle manière de créer ne serait pas compatible avec Dieu, l’Etre premier ; elle supposerait que Dieu n’est pas absolument parfait en lui-même, dans son être, qu’il aurait besoin de s’achever, n’étant pas Acte pur. Or précisément, le vrai Dieu est découvert comme Acte pur ; autrement, il n’est plus nécessaire que l’Etre premier soit. S’il avait besoin de s’achever, il ne serait plus premier, un autre qui serait plus parfait que lui pourrait l’achever.

Si Dieu est l’Etre premier, il est Acte pur et Intelligence subsistante, éternellement en acte de contemplation. Il est lui-même par lui-même. Et s’il décide pourtant de créer, sa décision ne peut être qu’une décision libre, de pur amour pour celui qu’il crée. Cet acte relève de sa sagesse, de sa contemplation de lui-même et de son amour de lui-même. Son acte créateur volontaire et libre ne peut provenir que de lui-même, en vertu de son amour substantiel qui veut se donner dans un don gratuit. Et un tel don ne provient que de lui-même, le Créateur il ne peut pas se servir d’un autre, il ne peut coopérer avec aucune autre personne. Dieu-Créateur agit toujours par lui-même, immédiatement, directement, selon sa sagesse et son amour, sans aucun intermédiaire. C’est ce qu’on exprime en affirmant que la Création est une opération propre de Dieu ex nihilo, à partir de rien. Cela veut dire qu’elle relève de sa toute-puissance, selon sa sagesse et son amour.

En Dieu cet acte est éternel, car il s’identifie à son essence – il n’est pas quelque chose qui vient s’y ajouter –, mais l’effet de cet acte est dans le temps. Lorsqu’il s’agit de la création de l’âme humaine de chacun des hommes, l’âme est créée dans un embryon humain, avant la naissance. En reconnaissant que notre âme humaine est un pur don d’amour de notre Dieu-Créateur, nous devons le remercier de ce don substantiel. Nous devons le remercier d’une telle générosité, toute gratuite, et l’aimer comme Celui qui nous a donné notre être, notre vie substantielle, notre vie spirituelle d’intelligence et de volonté. Nous devons l’aimer et le remercier en l’adorant, en reconnaissant que tout ce qui en nous est naturellement bon et grand vient de lui et doit retourner vers lui comme à Celui qui seul peut nous apporter notre bonheur. Il est notre bien propre, notre Alpha : tout vient de lui, et notre Oméga : tout demande de s’achever en lui. Cet acte d’adoration fait de nous une personne religieuse, une personne vraie et parfaite, une personne qui reconnaît qu’elle a tout reçu gratuitement de son Dieu. En l’adorant elle reconnaît que c’est grâce à Dieu qu’elle existe, qu’elle vit, qu’elle peut penser et aimer librement.

(A suivre)

 

Marie-Dominique Philippe, OP

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