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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Le mystère de l'adoration (III)

L’adoration et la créature spirituelle

Si l’adoration demeure éternellement dans le cœur humain du Fils du Père, du Verbe incarné, et de tous les membres de son Eglise, elle est aussi présente, actuelle, en l’homme qui cherche la vérité ; elle unit ce qui, sur la terre, est le plus radicalement « amour divin » dans le cœur de toute créature spirituelle, et ce qui, dans le ciel, est le plus radicalement glorifié dans le cœur des bienheureux. L’adoration fait cette unité radicale entre toutes les créatures spirituelles de « bonne volonté » (Lc 2,14, Vulg.) ; en elles, elle est même l’acte le plus radical de bonne volonté, et en tous les chrétiens elle est ce qui fait l’unité la plus radicale avec le cœur humain du Christ Sauveur : elle est l’œuvre radicale du salut en tout homme. Elle est donc bien ce qui caractérise la recherche la plus personnelle d’une créature spirituelle, ce qui en est l’aspect le plus profond. Elle est bien ce qui, en elle, est le plus elle-même, ce qui la dispose de la manière la plus radicale et la plus personnelle à la vision béatifique. Cela nous permet de saisir que l’adoration est l’opération spirituelle la plus profonde, la plus radicale d’une créature spirituelle, celle qui l’oriente de la manière la plus vraie à la contemplation, et aussi celle qui lui permet de s’effacer totalement dans l’amour divin, de se cacher en présence de Celui qui est tout pour elle. L’adoration lui permet de n’être plus qu’un appel vers celui qui est son Père, lui remettant tout pour l’éternité.

Le mystère de l'adoration (III)

L’adoration est bien l’acte propre de toute créature spirituelle, c’est son amour premier, qui la caractérise comme créature spirituelle. Elle découvre son Créateur par cet acte d’amour, et lui remet sa capacité d’aimer librement. Cet acte d’adoration est aussi un élan de vie pour la créature spirituelle, qui se découvre comme enfant du Père, qui sait que seul le Père peut tout pour elle. L’adoration est source d’une confiance absolue. Le serviteur meurt pour que l’enfant du Père vive éternellement : en ce sens, on peut dire que l’adoration finalise l’homme comme créature spirituelle en face de son Créateur ; elle proclame par là que l’homme, en adorant, trouve sa source et sa fin, qui ne peut être que Dieu son Père. Elle lui est tout ordonnée, tout ordonnée à l’Autre en qui elle s’abandonne – in manus tuas Domine, commendo spiritum meum (Ps 30,6 Vulg.) – car il est pour elle Créateur et Père. Elle s’abandonne à lui, sans savoir par elle-même ce qu’il veut, mais en sachant que ce qu’il veut est ce qu’il y a de meilleur pour elle. Le fruit de l’adoration est bien cet abandon total, cette attente.

Adoration et foi

C’est ce qui rend la foi sur la terre non seulement tolérable, mais source d’espérance et capable de s’épanouir en amour. Si l’adoration disparaît dans le cœur de l’homme, la foi devient très vite intolérable, inadmissible, contradictoire. Comment un Dieu qui est l’Intelligence subsistante peut-il exiger une telle attitude de ses fils ? Comment peut-il leur demander de demeurer dans l’attitude de tout-petits qui acceptent d’être conduits par la main sans rien comprendre, sans rien voir ? Psychologiquement, c’est intolérable : notre intelligence humaine devient adulte, elle se développe dans le domaine scientifique, mais elle doit demeurer dans l’ignorance pour ce qui est son bien propre, personnel, ce qui est son bonheur. Elle doit accepter de demeurer pauvre face à un monde qui se croit adulte et qui est si fier de lui-même… Si la foi ne voit plus ce pour quoi elle existe, sa finalité propre, c’est-à-dire si elle n’est plus informée par la charité ni ordonnée, grâce à l’adoration, à la vision béatifique, elle devient intolérable. Elle nous apparaît alors comme n’étant plus de notre temps ! On comprend dès lors comment l’adoration est en quelque sorte la gardienne indispensable de la foi chrétienne. N’est-ce pas à cause de cela que l’exigence de l’adoration est proclamée au début de la Révélation de la Loi à Moïse : « Un seul Dieu tu adoreras » ? Et c’est bien ce que Jésus lui-même rappelle en premier lieu à la samaritaine de son temps : Dieu est Esprit, et il veut des adorateurs en esprit et en vérité. Et c’est cela que l’Adversaire attaque en premier lieu, pour saper les fondements de l’Église. Un homme qui n’adore plus peut encore être fidèle à la corvée d’eau, comme la samaritaine, mais il glisse très vite et perd même le sens moral : il peut avoir cinq femmes ! Ne développant plus son cœur spirituel par l’adoration, c’est son cœur sensible, passionnel, qui prend toute la place, c’est son affectivité passionnelle, sexuelle, qui se développe dans la multiplicité et la diversité.

(A suivre)

 

Marie-Dominique Philippe, OP

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