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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Sagesse de Dieu

Sagesse de Dieu

Tous les actes de la vie du Christ, ceux que l’Écriture nous transmet (et non ceux que nous pourrions imaginer) ont force d’exemple, ils sont pour nous les modèles de notre vie chrétienne. Mais l’acte qui commande tous les autres, celui qui est le sommet, le point culminant de la vie de Jésus parmi nous, celui où Notre-Seigneur accomplit pleinement sa mission, c’est l’acte de la Croix. C’est pour l’accomplissement de cet acte unique qu’il est venu. C’est par la Croix que Jésus nous manifeste les exigences ultimes de l’unique précepte d’amour envers Dieu et le prochain. C’est le Christ crucifié qui, par la vertu de Dieu, a été établi notre « Sagesse » (cf. 1 Co 1,30).

Après la Cène et sur le point de quitter le Cénacle, Jésus déclare : « Il faut que le monde sache que j’aime le Père et que j’agis comme le Père me l’a ordonné. Levez-vous ! Partons d’ici » (Jn 14,31). C’est donc bien pour accomplir la volonté du Père qu’il se rend à Gethsémani, et Gethsémani est la phase initiale du mystère de la Croix. Si Jésus se dirige vers Gethsémani, c’est à la fois pour accomplir la volonté du Père et pour se donner complètement à nous. N’avait-il pas dit : « La volonté de celui qui m’a envoyé est que je ne perde rien de ce qu’il m’a donné » (Jn 6,39) ?

L’acte de la Croix qui termine tous les autres actes de la vie terrestre du Christ a donc, du point de vue de la théologie spirituelle, une importance capitale ; il doit en être le centre puisque c’est de là que rayonne toute lumière de sagesse. Mais si la Croix reste le centre de la grande manifestation d’amour, nous ne devons pourtant jamais la séparer du mystère de la Résurrection, car du point de vue de la foi ces deux mystères sont inséparables. Le mystère de la Croix est une « Pâque », un passage, transitus ad Patrem (cf. Jn 13,1), et le mystère de la Résurrection manifeste cette entrée glorieuse dans la demeure du Père.

Certes, l’Esprit Saint peut très bien, à certains moments de notre vie et selon son bon plaisir, nous faire vivre exclusivement le mystère de l’Agonie et de la Croix, il peut nous y cacher complètement, nous engloutir dans cette absolue tristesse et cette souffrance totale ; mais notre foi ne peut exclure le mystère de la Résurrection.

Aussi bien pourrons-nous vivre, à d’autres moments, des mystères de gloire ; mais n’oublions pas que, sur terre, la grande lumière de sagesse nous vient de la Croix et que la véritable expérience de gloire – la vision béatifique – est pour le ciel.

En définitive, nos expériences divines restent toujours réglées par la foi ; elles n’en épuiseront jamais le mystère, elles doivent toujours se dépasser elles-mêmes pour adhérer plus divinement au mystère lui-même. La vie contemplative ne peut se situer qu’au niveau de la foi et de la charité ; ses expériences, si éminentes soient-elles, ne sont que des jalons sur le chemin qui mène à la plénitude de la lumière révélée, cette lumière qui est contenue dans les mystères de la foi et possédée, dès ici-bas, par la charité.

Si du point de vue de la foi nous séparions ces mystères, nous risquerions, en ne regardant que la Croix, de perdre pied et de désespérer et, en ne considérant que les mystères de gloire sans plus adhérer à la Croix, de tomber dans l’illusion ou dans toute espèce de messianisme.

 

Marie-Dominique Philippe, OP, Le mystère du Christ crucifié et glorifié, Préface

© Librairie Arthème Fayard

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