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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Paix et miséricorde

La paix divine que l’âme de Jésus connaît en son Père, dans l’Esprit Saint et dans le Verbe, surabonde sur tout son corps mystique. Il est bienheureux en cette paix, parce qu’il la réalise autour de lui ; il est cause et faiseur de paix divine. Toute sa vie terrestre est dominée par le désir de faire rayonner la paix surabondante de son cœur. N’est-il pas venu pour réconcilier l’homme avec Dieu et avec lui-même, puisque le péché avait brisé l’harmonie, la paix primitives, et avait engendré la révolte et les oppositions ? Si le Christ apporte le glaive et la lutte, c’est en vue de l’amour et de la paix divine. Il ne veut pas de ces fausses paix qui ne sont que des compromis et qui cachent des faiblesses et des trahisons (cf. Jr 9,7 : « On souhaite à son prochain la paix, mais dans son cœur, on lui prépare un piège » – Judas trahira par ce signe de paix) ; il ne peut accepter la paix des pharisiens, paix de « sépulcres blanchis », qui s’oppose à la vérité et à l’amour et, sous prétexte de justice, bannit la miséricorde. A l’égard de ces faux pasteurs aux dehors pacifiques, Notre-Seigneur est implacable, et s’il les démasque impitoyablement, c’est pour rappeler les droits de l’amour et de la miséricorde, pour rétablir un règne nouveau de vérité et de paix où tout est soumis à la volonté aimante du Père, unique principe d’ordre. Ce royaume étant avant tout intérieur, c’est au plus intime des cœurs que la paix se réalise : « Je ne la donne pas comme le monde la donne » (Jn 14,27).

Par sa Croix, Jésus nous réconcilie avec son Père, il nous introduit dans son mystère d’amour filial et, nous faisant participer à sa paix, il nous ordonne à nouveau vers le Père et rétablit en nous une harmonie vivante, harmonie de nos propres facultés entre elles, et de nous-mêmes avec nos semblables. Telle est cette paix divine qu’il nous donne en son sang (cf. Col 1,15), et en laquelle il discerne le secret du Père qui, dans une même étreinte d’amour, veut unir tout le Corps mystique, Tête et membres.

Paix et miséricorde

Cette paix tout intérieure du Cœur de Jésus rayonne sur tous ceux qui sont proches de lui, elle s’empare du cœur de Marie, puis de Jean, puis des saintes femmes et du bon larron, et s’étend enfin à tous les hommes de bonne volonté, à tous ceux qui ne la refusent pas, à tous ceux qui, absents du Calvaire par lâcheté, demeurent présents au Cœur du Christ.

Là encore, c’est selon un certain ordre que cette paix se communique, car il y a un ordre de la charité (cf. s. Thomas d’Aquin, ST, II-II, q. 26) qui provient du don de sagesse. Saint Thomas note bien, en effet, que le don de sagesse a un double exercice : à l’égard de la « contemplation des choses divines », et de la « direction des actes humains selon des raisons divines » (cf. ST, II-II, q. 26, a. 3, ad 3 ; a. 6, ad 3). Or, dans le domaine de la charité fraternelle, ces « raisons divines » sont les prédilections du Père. C’est selon ces prédilections, selon ces jalousies divines, que le don de sagesse « ordonne la charité » dans le Cœur du Christ qui, à la Croix, nous révèle cette hiérarchie mystérieuse de l’amour et de la miséricorde.

 

Marie-Dominique Philippe, OP

Le mystère du Christ crucifié et glorifié

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